Mar 20

Jérôme Kerviel se considère plus que jamais comme un bouc émissaire de l’affaire Société générale depuis qu’il a été incarcéré à la Santé, déclare Guillaume Selnet, un des avocats du trader.

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Dans une interview à l’agence Reuters, il a indiqué que Jérôme Kerviel était un homme “un peu différent” après son séjour de cinq semaines et demie dans la prison parisienne et qu’il n’avait, quarante-huit heures après sa sortie, pas réalisé complètement qu’il était à nouveau libre.

“Il sort d’un petit mois et demi de détention en homme un peu différent de celui qu’il était quand il est entré. Il a vécu une expérience qui l’a plongé dans un milieu radicalement opposé à celui qu’il connaissait jusque là”, a dit Me Selnet, ajoutant que c’était le cas pour “quiconque entre en prison pour la première fois”.

“Depuis l’origine, nous estimons que sa détention n’était pas justifiée, donc c’est vrai qu’il a vécu le mois et une semaine qu’il a passés à la Santé comme un traitement injuste”, a poursuivi l’avocat.

“Pour autant, il n’a jamais baissé les bras, il n’a pas craqué, il ne s’est pas effondré en prison tel que sans doute certains pouvaient l’espérer”, a-t-il ajouté.

Jérôme Kerviel, auquel la Société générale impute une perte de 4,9 milliards d’euros, a été libéré mardi sur décision de la chambre d’instruction, contre l’avis du parquet général.

A la question de savoir si Jérôme Kerviel se considérait toujours comme un bouc émissaire de cette affaire, il a répondu: “Plus que jamais. Il a été envoyé un mois et demi en prison de manière infondée (…) il était le bouc émissaire le 20 janvier et il l’a été davantage quand il a été placé en détention”.

ÉTAT SECOND

Lors de son séjour à la Santé, il a été traité “de manière très correcte. Il y a même eu à l’évidence des marques de sympathie de la part d’un certain nombre de codétenus et de membres du personnel pénitentiaire”, a encore dit l’avocat.

Il a reçu des visites de ses proches, de ses avocats mais pas d’ancien collègues, a précisé Me Selnet.

Prié de dire comment il passait ses premiers jours de liberté, il a indiqué : “Il le dit lui-même, il n’a pas encore totalement réalisé, 48 heures après, qu’il était véritablement sorti de prison. Pour prendre une comparaison, il est un peu comme en décalage horaire quand on descend de l’avion, il est un peu dans un état second”.

Aujourd’hui, Jérôme Kerviel “se repose, il essaie de décompresser un peu, il essaie dans la mesure du possible de penser à autre chose que l’affaire de la Société générale. Ce n’est pas facile, mais il y oeuvre”.

L’avocat s’est voulu aussi rassurant sur l’état de santé du trader. Il a certes “perdu un peu de poids”, mais “il n’a aucun traitement médical”.

“Je constate aujourd’hui qu’il y a de nouvelles rumeurs en train d’être propagées quant à un état dépressif ou un risque de suicide: ce sont des mensonges !”, a-t-il assuré.

Sa remise en liberté a été assortie de conditions très strictes : il a du remettre son passeport et sa carte d’identité, a une obligation de pointage une fois par semaine et doit informer les magistrats instructeurs de ses déplacements hors d’Ile-de-France. Il lui est en outre interdit de rencontrer d’autres protagonistes du dossier, au nombre d’une quinzaine.

Me Selnet a enfin réaffirmé que Jérôme Kerviel avait agi seul et sans aucune complicité.

“Si, sous le terme complicité, vous mettez une organisation Jérôme Kerviel qui, de manière furtive, a masqué des positions, la réponse est non, il n’y a pas eu de complicité. Si sous le terme complicité, vous mettez la notion de complaisance de sa hiérarchie, là peut-être effectivement qu’on peut ouvrir ce débat”, a-t-il conclu.

Source : Reuters (Paris)